Communication : quand parler ne suffit pas à agir sur le coeur su problème
Quand une situation pose problème, la communication est souvent présentée comme la réponse évidente :
parler, expliquer, mettre des mots, favoriser l’échange, parfois proposer une médiation.
La communication joue un rôle essentiel.
Elle permet de repérer une difficulté, de sortir du silence et d’ouvrir l’accès à l’aide.
Mais tous les problèmes ne se maintiennent pas parce qu’ils sont mal compris.
Certains se maintiennent parce qu’ils reposent sur un déséquilibre de pouvoir et de sécurité.
C’est ici qu’une distinction est essentielle :
un conflit n’est pas un harcèlement.
Dans un conflit, les positions sont relativement symétriques.
La médiation, le dialogue encadré et la recherche d’un accord peuvent alors être des leviers pertinents.
Dans le harcèlement, en revanche, la dynamique est asymétrique :
l’un est exposé, l’autre en position de domination.
Dans ce type de configuration, la difficulté ne tient pas à une incompréhension mutuelle, mais à un rapport de force.
Dans ces situations, la parole - y compris sous forme de médiation - peut permettre de rendre visible le problème,
mais elle ne suffit pas à rééquilibrer la situation ni à garantir la sécurité, tant que le cadre n’est pas modifié.
Ce que la parole permet, et ce qu’elle ne permet pas
La parole est indispensable pour dire, signaler, alerter, demander de l’aide.
Elle est souvent le point de départ de l’intervention.
En revanche, expliquer, dialoguer ou chercher un accord ne constitue pas, en soi, un mécanisme de protection.
Dans le harcèlement, le levier principal n’est donc pas la qualité du dialogue,
mais le cadre posé et appliqué par les adultes : règles claires, supervision active, décisions protectrices, intervention explicite.
Une question de fonction, pas de méthode
Il ne s’agit pas de dire que la communication ou la médiation sont mal utilisées.
Il s’agit de reconnaître que leur fonction est limitée dans certaines configurations.
Aucune qualité de dialogue ne peut, à elle seule :
-
rééquilibrer un rapport de pouvoir installé,
-
protéger durablement un enfant exposé,
-
garantir sa sécurité.
Attendre cela de la communication, c’est lui attribuer une fonction qui ne lui appartient pas.
Ce déplacement ne diminue pas l’importance de la parole.
Il permet de la replacer là où elle est la plus utile :
comme un point d’entrée nécessaire, mais pas forcément comme une solution unique.