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Quand la consignes se perd en route

Comprendre la mémoire de travail au quotidien

Certaines difficultés donnent l’impression que la personne n’écoute pas, ne fait pas attention, oublie tout, ou ne fait pas l’effort de retenir.

En vérité, c’est souvent plus complexe que ça.

Il existe un type de difficulté très fréquent, chez l’enfant comme chez l’adulte : la consigne est comprise, mais ne tient pas assez longtemps pour guider l’action jusqu’au bout.

On demande quelque chose.
La personne comprend.
Puis, au moment d’agir, il manque déjà un morceau.
Une étape saute.
Le fil se coupe.
On recommence.
On redit.
Et très vite, tout le monde s’énerve.

Ce type de situation peut concerner ce qu’on appelle la mémoire de travail : la capacité à garder temporairement une information en tête, le temps de s’en servir.
Pas pour l’apprendre "pour toujours".
Pas pour la stocker durablement.
Juste pour tenir le fil pendant l’action.

 

C’est ce qui permet, par exemple :

  • de garder une consigne en tête le temps de l’exécuter ;

  • de se souvenir de ce qu’on était en train de faire ;

  • de retenir plusieurs étapes dans le bon ordre ;

  • de comparer ce qu’on fait à ce qu’on devait faire ;

  • de ne pas perdre le but en cours de route.

 

Quand cette fonction est débordée, la difficulté ne ressemble pas forcément à un "trouble de mémoire" au sens où les gens l’imaginent.


Elle ressemble plutôt à ça :

  • "Je savais, mais j’ai oublié pendant que je le faisais."

  • "Tu viens de me le dire, mais je ne sais plus."

  • "Je commence, puis je ne sais plus où j’en suis."

  • "J’ai retenu le début, pas la suite."

  • "Dès qu’il y a plusieurs choses, je perds le fil."

À quoi ça ressemble au quotidien ?

 

Chez l’enfant

Il peut arriver qu'on lui demande :
"Va dans ta chambre, prends ton pyjama, mets ton linge sale dans le panier et reviens."

 

Il part.
Il revient avec le pyjama.
Ou il reste dans sa chambre à regarder autre chose.
Ou il fait la dernière chose et oublie la première.
Ou il revient en demandant : "C’était quoi déjà ?"

Le problème n’est pas forcément qu’il n’a pas entendu.
Ni qu’il s’en fiche.
Ni qu’il refuse.


La consigne était peut-être simplement trop longue pour être gardée active jusqu’au bout, surtout s’il y a eu distraction, fatigue, charge émotionnelle, ou plusieurs étapes implicites.

 

À l’école

L’enseignant donne une consigne collective.
L’élève regarde, semble écouter, parfois même dit qu’il a compris.


Puis il sort le mauvais cahier, oublie une partie, commence au mauvais endroit, demande ce qu’il faut faire alors que ça vient d’être expliqué, ou s’arrête après la première étape.

Là encore, on peut croire à un manque d’attention, alors que la difficulté porte parfois surtout sur le fait de retenir l’information assez longtemps pour la transformer en action.

 

Chez l’adulte

Cela peut ressembler à :

  • ouvrir une application pour faire une chose, puis oublier laquelle ;

  • partir chercher un document, puis perdre le but en route ;

  • lire un mail avec plusieurs demandes et n’en traiter qu’une partie ;

  • commencer une tâche, être interrompu, puis ne plus savoir où reprendre ;

  • entendre une information utile, puis la perdre avant d’avoir pu l’utiliser.


Et ce n’est pas forcément "un manque d'organisation." 
Parfois, le problème est différent : il y avait trop à tenir en même temps.

Ce qui peut surcharger la mémoire de travail

 

La mémoire de travail n’aime pas particulièrement :

  • les consignes longues ;

  • les phrases chargées ;

  • les étapes implicites ;

  • les changements en cours de route ;

  • les interruptions ;

  • les environnements bruyants ;

  • la fatigue ;

  • le stress ;

  • l’urgence ;

  • le multitâche ;

  • le fait de devoir retenir sans support externe.

Autrement dit : beaucoup de situations très ordinaires.

 

Plus une tâche demande de garder d’éléments en tête en même temps, plus elle devient fragile.
Et plus on ajoute de pression, plus le risque augmente que le fil lâche.

 

Certaines situations demandent de garder le fil tout en agissant.

C’est souvent là que la difficulté apparaît, par exemple lorsqu’il faut :

  • retenir plusieurs choses ;

  • traiter vite ;

  • faire en autonomie ;

  • suivre une consigne orale sans appui ;

  • reprendre après une coupure ;

  • agir pendant qu’autre chose attire déjà l’attention.

Ce qui peut aider

 

L’objectif n’est pas de tout simplifier à l’extrême.
L’objectif est de faire en sorte que l’information utile reste disponible au moment où elle doit être utilisée.

 

1. Réduire la quantité d’informations à tenir d’un coup

 

Une consigne trop chargée devient vite inutilisable.

Moins d’informations à la fois permet d'avoir plus de chances que la consigne tienne.

2. Dire les choses dans l’ordre d’exécution

 

Certaines consignes sont parfaitement claires pour l’adulte qui les formule, mais plus difficiles à suivre pour la personne qui doit les exécuter.
Quand les étapes sont données dans l’ordre où elles doivent être faites, la mise en action demande souvent moins d’effort.

Par exemple :
"Prenez votre cahier. Ouvrez à la page 12. Écrivez la date."

plutôt que :

"Aujourd’hui, on travaille la page 12. Prenez votre cahier et notez la date.

Présentée dans l’ordre d’exécution, la consigne devient plus facile à transformer en action.

3. Rendre visible ce qui ne doit pas rester seulement dans la tête

 

Tout ce qui peut sortir de la tête soulage.

Par exemple :

  • une note écrite ;

  • une checklist ;

  • un post-it ;

  • un modèle visuel ;

  • un exemple laissé sous les yeux ;

  • un objet déjà sorti ;

  • une étape cochée ;

  • une consigne affichée ;

  • un repère stable dans le même endroit.

Le but n’est pas de rendre la personne dépendante.
Le but est de réduire la part invisible de la tâche.

4. Vérifier l’action

 

Quand on demande "tu as compris ?", la réponse "oui" ne veut pas dire grand-chose, car ce n'est pas un problème de compréhension.
Parfois la personne a compris globalement, mais ne pourra pas tenir la consigne seule.

 

A la place, vous pouvez demander : 

  • "Qu’est-ce que tu fais d’abord ?"

  • "Montre-moi la première étape.

  • "Qu’est-ce que tu vas prendre ?"

  • "Tu peux me redire juste le début ?"

 

L’idée n’est pas de faire réciter.
L’idée est de voir si la consigne est assez disponible pour guider l’action.

5. Fractionner au bon niveau

 

Fractionner ne veut pas dire transformer chaque chose en procédure géante.

Il s’agit juste d’éviter qu’une étape contienne déjà trop d’étapes cachées.

 

Par exemple :
"Range ta chambre" est souvent trop large.

On peut remplacer par :

  • "Mets les vêtements sales dans le panier."

  • "Remets les livres sur l’étagère."

  • "Ramasse ce qu’il y a par terre."

Une étape efficace doit être assez petite pour être faisable, mais pas au point de devenir elle-même épuisante.

6. Préparer la reprise après interruption

 

Certaines personnes perdent surtout le fil quand quelque chose coupe l’action.

Dans ce cas, il aide souvent de laisser une trace de reprise :

  • entourer la ligne en cours ;

  • laisser le document ouvert à l’endroit exact ;

  • écrire "reprendre ici" ;

  • noter la prochaine micro-étape ;

  • poser le matériel de la suite à vue.

Reprendre coûte moins cher quand on n’a pas à reconstruire toute la situation mentalement. 

Nesrine Hadi

Psychologue - Consultations & accompagnements 100 % en ligne. 

 

Une approche basée sur la Méthode NH® : lisibilité, repères clairs, appuis simples et adaptés à votre quotidien.

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