top of page

Préparer les transitions

Pourquoi les transitions coûtent parfois plus que la tâche elle-même ?

​​Comprendre ce qui se joue quand passer d’un moment à un autre devient difficile

 

On parle souvent des fonctions exécutives à propos de l’attention, de l’organisation ou du démarrage.

Pourtant, une autre difficulté revient très souvent : le passage d’un état à un autre.

Arrêter une activité, changer de consigne, quitter une tâche inachevée, passer du repos au travail, de la classe au devoir, du jeu au coucher, d’une idée à une autre.

Ces moments paraissent parfois simples vus de l’extérieur, mais ils peuvent demander beaucoup plus de ressources qu’on ne l’imagine.

 

Les fonctions exécutives servent notamment à planifier, focaliser l’attention, "changer de vitesse" et gérer plusieurs demandes à la fois. La flexibilité cognitive fait partie de ces capacités de base. 

Quand les transitions sont difficiles, le problème n’est pas forcément que la personne "ne veut pas", "cherche à gagner du temps" ou "fait traîner".

Très souvent, la difficulté porte sur :

  • arrêter un élan en cours,

  • désengager l’attention,

  • inhiber une réponse déjà lancée,

  • tolérer l’incertitude du changement,

  • comprendre ce qu’on attend maintenant,

  • puis réorganiser son action.

Ce n’est donc pas seulement une question de volonté.

C’est souvent une question de coût de bascule entre deux états, deux attentes ou deux cadres d’action. 

Cette distinction est importante parce que les transitions difficiles sont souvent mal lues.

Chez un enfant, on peut les interpréter comme de l’opposition, de la provocation ou un manque de coopération.

Chez un adolescent, comme de la mauvaise foi ou du désengagement.

Chez un adulte, comme un problème de discipline personnelle, par exemple.

Or, dans de nombreux cas, la difficulté vient moins d’un refus du but que d’un coût excessif du passage vers l’étape suivante.

 

À quoi ressemble une transition difficile au quotidien ?

 

À la maison, cela peut ressembler à un enfant qui joue calmement mais "explose" au moment d’aller se laver, de s’habiller, de venir à table ou d’éteindre un écran.

Vu de loin, cela peut donner l’impression que tout allait bien "une seconde avant", et que la difficulté surgit sans raison. En réalité, ce qui coûte n’est pas toujours l’activité demandée elle-même, mais le passage entre deux mondes : arrêter ce qui est en cours, abandonner une logique déjà installée, intégrer une nouvelle demande et s’y réorienter.

Les fonctions exécutives sont justement mobilisées dans ce type de reconfiguration rapide du comportement. 

À l’école, la difficulté peut apparaître dans des moments très banals : sortir le bon matériel, quitter un exercice pour passer au suivant, se remettre au travail après une interruption, démarrer après une consigne collective, changer de salle, reprendre après la récréation.

Un élève peut sembler comprendre ce qu’il faut faire, tout en peinant à effectuer la bascule concrète vers la nouvelle attente. 

Chez l’adulte, les transitions difficiles sont souvent plus discrètes mais tout aussi coûteuses.

Cela peut être le moment de revenir à un dossier après une interruption, de passer du travail aux obligations domestiques, de sortir d’un temps de récupération, de commencer une démarche administrative, ou simplement de se remettre dans le fil après une sollicitation.

Pourquoi les transitions coûtent autant ?

 

Une transition mobilise souvent plusieurs opérations en même temps.

Il faut :

  • interrompre une action en cours,

  • inhiber la réponse précédente,

  • tenir en tête la nouvelle demande,

  • réévaluer les priorités,

  • parfois supporter une frustration,

  • puis relancer l’action suivante.

 

Quand les ressources sont suffisantes et le contexte favorable, cette bascule peut se faire de manière fluide.

Mais quand la fatigue, le stress, la surcharge sensorielle, le manque de sommeil, la pression temporelle ou les fragilités exécutives s’en mêlent, ce passage devient beaucoup plus coûteux.

 

Les ressources exécutives ne dépendent pas seulement d’une "compétence interne" abstraite ; elles sont aussi sensibles au contexte et aux conditions dans lesquelles la personne doit fonctionner.

Il faut aussi rappeler qu’une transition difficile n’indique pas à elle seule un trouble.

Elle peut apparaître dans des contextes très variés : fatigue, stress, surcharge du quotidien, période de tension, trouble attentionnel, difficultés d’autorégulation, environnement trop changeant, ou simplement exigences trop élevées à un moment donné.

 

Pour être cliniquement juste, il faut donc éviter deux erreurs opposées :

banaliser systématiquement ces difficultés, ou les interpréter trop vite comme le signe d’un diagnostic précis.

Les recommandations cliniques sérieuses rappellent qu’on raisonne en termes de persistance, de contexte, de retentissement et d’évaluation globale, pas à partir d’un seul comportement pris isolément. 

Ce qui peut aider 

 

1/ La première aide peut être de préparer la bascule.

  • Annoncer le changement un peu avant,

  • rendre explicite ce qui va se passer ensuite,

  • limiter le nombre d’informations simultanées,

  • montrer le premier pas concret,

  • et réduire ce qui doit être deviné au moment du passage.

Concrètement, pour un parent, cela peut vouloir dire :

"dans deux minutes on arrête le jeu" ;

"tu peux ranger les pièces dans la boîte" ;

et enfin, "il est l'heure d'aller à la salle de bain."

 

Pour un enseignant, cela peut être :

"on termine cette ligne", puis

"on pose le crayon",

puis "on sort le cahier bleu."

 

Pour un adulte, cela peut ressembler à une auto-consigne de transition :

"je ferme ce document",

"j’écris la prochaine étape",

puis "j’ouvre le suivant.”

 

L’idée n’est pas d’infantiliser.

L’idée est de réduire le travail invisible de la transition.

2/ Une autre aide importante consiste à distinguer ce qui doit être anticipé de ce qui doit être allégé.

 

Certaines transitions deviennent difficiles parce qu’elles arrivent trop vite ou sans signal clair.

D’autres deviennent difficiles parce que la journée entière est déjà saturée.

 

Dans ce cas, le problème n’est plus seulement comment faire passer la personne d’une tâche à l’autre, mais aussi à quel point ce système lui demande déjà trop d'énergie.

Cette nuance évite de croire qu’une meilleure technique de transition suffira toujours. Parfois, il faut surtout réduire la charge globale, la pression ou le nombre de transitions imposées. 

Quand une transition se passe mal, trois questions peuvent aider :

1. Qu’est-ce qui coûtait vraiment ?
Était-ce l’arrêt de l’activité précédente ? L’incertitude sur la suivante ? La frustration ? Le bruit ? Le manque de temps ? Le flou de la consigne ?

2. Qu’est-ce qui n’était pas assez visible ?
Le moment du changement ? Le premier pas ? Le point d’arrivée ? La durée attendue ?

3. Qu’est-ce qui aurait pu réduire la tension de la transition ?
Une annonce plus tôt ? Une consigne plus courte ? Un support visuel ? Un seul pas à la fois ? Un environnement moins chargé ?

Quand passer d’un moment à un autre devient difficile, le problème n’est pas toujours la tâche suivante. C’est souvent le coût du passage lui-même.

Comprendre cela ne revient pas à excuser tout, ni à nier la nécessité d’apprendre progressivement à changer, attendre, s’ajuster.

 

Cela permet surtout de répondre différemment. Moins en termes de faute ou de volonté. Davantage en termes de charge, de bascule, de lisibilité et de soutien. Les fonctions exécutives servent précisément à aider cette réorganisation de l’action, et certaines personnes ont besoin que cette bascule soit davantage rendue visible, préparée et étayée pour devenir réellement faisable.

Nesrine Hadi

Psychologue - Consultations & accompagnements 100 % en ligne. 

 

Une approche basée sur la Méthode NH® : lisibilité, repères clairs, appuis simples et adaptés à votre quotidien.

© 2025 Nesrine Hadi — Tous droits réservés.

 

bottom of page