« Chez nous, on ne parle pas de ces choses-là » : demander de l’aide malgré le silence
« Ce qui se passe dans cette maison reste dans cette maison. » Vous avez peut-être grandi avec cette consigne. Parler à quelqu’un d’extérieur pouvait être présenté comme une façon d’exposer votre famille, de lui faire honte ou de donner aux autres des raisons de la juger.
Aujourd’hui, quelque chose vous pèse et vous aimeriez être aidé. Pourtant, au moment de prendre rendez-vous, vous hésitez. Que pourrez-vous raconter ? Que pensera le professionnel de vos proches ? Et comment réagiraient-ils s’ils apprenaient que vous avez parlé ?
Demander de l’aide devient alors difficile avant même la première consultation. Vous avez besoin de parler, tout en ayant appris qu’il fallait vous taire.
Ce que vous avez appris à garder pour vous
Dans certaines familles, la règle est explicite. Dans d’autres, elle se comprend à travers les réactions : une confidence accueillie par un reproche, une difficulté minimisée, une conversation interrompue dès qu’elle devient dérangeante. Vous pouvez finir par éviter certains sujets, parce que vous savez ce qui se passe lorsqu’ils sont abordés.
Ce silence peut avoir plusieurs raisons. Vos proches peuvent chercher à préserver leur intimité, craindre le regard des autres ou ne pas savoir comment parler de ce qui fait mal. Il arrive aussi que le silence soit imposé pour empêcher qu’un comportement soit connu. Il faut regarder votre situation pour comprendre ce qui se joue.
Vous pouvez vous demander ce qui vous retient aujourd’hui : souhaitez-vous garder quelque chose de privé, ou craignez-vous les conséquences si vous en parlez ? Cette différence compte pour choisir à qui vous adresser et dans quelles conditions.
Pouvoir raconter sans avoir à défendre toute sa famille
Vous pouvez redouter qu’un professionnel tire des conclusions trop rapides sur vos parents, votre culture ou votre façon de vivre. Vous cherchez une aide pour ce qui vous fait souffrir, et vous tenez aussi à ce que votre histoire soit comprise avec ses nuances.
Cette crainte peut être exprimée dès le début : « J’ai besoin de parler de certaines choses, mais j’ai peur que vous jugiez ma famille. »
Vous pouvez expliquer ce qui vous attache à vos proches et décrire ce qui vous blesse dans la même conversation. Vous n’avez pas à présenter une famille entièrement bonne ou entièrement mauvaise pour que votre difficulté mérite de l’attention.
Un professionnel devrait chercher à comprendre la place de vos liens et de vos valeurs dans votre vie, sans supposer que votre origine ou votre religion explique tout. S’il interprète trop vite ce que vous racontez, vous pouvez le lui signaler et préciser ce qu’il a manqué.
Choisir les conditions dans lesquelles vous allez parler
Si vous craignez que vos confidences circulent, vérifiez le cadre avant d’entrer dans les détails. Vous pouvez demander au professionnel comment fonctionne la confidentialité, quelles en sont les limites et dans quelles situations des informations pourraient être transmises. Vous saurez ainsi à quoi vous attendre.
Pour une consultation à distance, prévoyez si possible un endroit où personne ne peut vous entendre. Si ce n’est pas possible chez vous, signalez-le au professionnel pour chercher une autre organisation.
Vous pouvez également chercher un appui auprès d’une personne de confiance. Pour la choisir, pensez à la manière dont elle a accueilli vos confidences jusque-là. Sa proximité avec vous ne garantit pas qu’elle saura garder une information pour elle ou respecter votre souhait de ne pas intervenir auprès de votre famille.
Si le fait de consulter risque de vous exposer à des représailles, abordez cette difficulté dès le premier contact. Elle doit être prise en compte dans l’organisation de l’aide.
Commencer sans devoir tout raconter
Vous pouvez commencer par ce qui vous amène aujourd’hui et par les effets sur votre quotidien. Il n’est pas nécessaire d’avoir reconstitué toute votre histoire ou trouvé une explication précise avant de demander un rendez-vous.
Si les mots sont difficiles à trouver, notez quelques phrases à l’avance. Vous pouvez les lire, les montrer ou simplement dire : « Il y a des choses dont je n’ai jamais parlé. J’ai peur de les raconter et je ne sais pas par où commencer. »
Cette difficulté à parler fait elle-même partie de ce que le professionnel peut vous aider à comprendre. Vous pouvez signaler qu’une question arrive trop tôt et demander pourquoi elle est posée. Il pourra vous expliquer ce qu’il cherche à comprendre et convenir avec vous de la suite.
Vous pouvez aussi découvrir, en parlant, que vous minimisez aussitôt ce que vous venez de dire ou que vous cherchez à excuser chacun de vos proches. Prenez le temps de revenir à votre expérience : ce qui s’est passé, ce que vous avez ressenti et ce qui reste difficile aujourd’hui.
Une première démarche peut simplement vous permettre de trouver un interlocuteur avec lequel ces mots deviennent possibles. Vous pourrez ensuite décider, avec lui, de l’aide dont vous avez besoin et de la place éventuelle de vos proches dans cette démarche.



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